Actéon de Marc Antoine Charpentier

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ACTEON

L’histoire – Les personnages – le livret – Une représentation par l’Académie baroque d’Ambronay

Marc Antoine Charpentier

actéon

Actéon surprend Diane au bain

L’histoire

Scène 1
Actéon et les chasseurs sont sur la piste d’un gibier important. Choeur des chasseurs, air d’Actéon, duo de chasseurs.

Scène 2
Une fontaine où Diane et ses Nymphes se baignent. Air de Diane et des Nymphes. Duo de Daphné et Hyale. Air d’Arthébuze et choeur des Nymphes.

Scène 3
Actéon, fatigué, abandonne ses compagnons et se repose dans un endroit calme et paisible. Récitatif et air d’Actéon. Apercevant Diane, il tente de se cacher, mais est découvert. Actéon tente de se justifier, mais Diane ne veut rien entendre. Duo de Diane et Actéon. Diane et ses Nymphes, afin d’éviter qu’Actéon ne se vante du spectacle qu’il a aperçu, décident de son sort. Choeur des Nymphes.

Scène 4
Actéon se voit changé en cerf. Récitatif d’Actéon. Ritournelle orchestrale.

Scène 5
Surviennent les chasseurs dont les chiens poursuivent un cerf. Ils cherchent Actéon pour le convier à cette chasse. Choeur des chasseurs.

Scène 6
Junon annonce aux chasseurs la fin d’Actéon, changé en cerf et tué par ses chiens. Air de Junon et choeur des Nymphes. Les chasseurs expriment leur douleur et leur colère. Choeur des Chasseurs.

actéon2

Actéon dévoré par ses chiens, gravure de Tempesta

 

Voir Actéon, par l’Académie Baroque d’Ambronay dirigé par Christophe Rousset

 

Les personnages

Actéon
Diane
Daphné
Hayle
Arthebuse
Junon

Choeur des Chasseurs
Choeur des Nimphes de Diane

 

Scène première
Actéon,
Choeur de Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Allons, marchons, courons, hastons nos pas.
Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes;
Que le pénible accès des plus hautes montagnes
Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.Actéon
Déesse par qui je respire,
Aimable Reyne des forêts,
L’ours que nous poursuivons désole ton empire
Et c’est pour immoler à tes divins attraits
Que la chasse icy nous attire.
Conduis nos pas, guide nos traits,
Déesse par qui je respire,
Aimable Reyne des forêts.Deux Chasseurs
Vos vœux sont exaucés et par le doux murmure
Qui vient de sortir de ce bois le ciel vous en assure,
Suivons ce bon augure.
Allons, marchons, courons, &c.

 

Scene II
Diane, Daphné, Hayle, Arthébuse,
Choeur de Nymphes

Diane
Nymphes, retirons-nous dans ce charmant Boccage.
Le cristal de ses pures eaux,
Le doux chant des petits Oyseaux,
Le frais et l’ombrage sous ce verd feuillage
Nous ferons oublier nos pénibles travaux.
Ce ruisseau loin du bruit du monde
Nous offre son onde,
Délassons-nous dans ce flots argentés,
Nul mortel n’oserait entreprendre
De nous y surprendre,
Ne craignons point d’y mirer nos beautés.Le Choeur de Nimphes
Charmante fontaine,
Que votre sort est doux,
Notre aymable Reyne
Se confie à vous.
D’un tel avantage
L’Idaspe et le Tage
Doivent estre jaloux.Daphné & Hyale
Loin de ces lieux tout cœur profane;
Amants, fuyez ce beau séjour,
Vos soupirs et le nom de l’amour
Troubleraient le bain de Diane.
Nos cœurs en paix dans ces retraites
Goustent de vrais contentemens.
Gardez-vous, importuns amans,
D’en troubler les douceurs parfaites.Arthébuse
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran des cœurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.Arthébuse
Les biens qu’il nous promet
N’en ont que l’apparence,
Ne laissons point flatter
Par ses appas trompeurs
Notre trop crédule espérance.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs, &c.Arthébuse
Pour nous attirer dans ses chaines
Il couvre ses pièges de fleurs,
Nimphes, armez-vous de rigueurs
Et vous rendrez ces ruses vaines.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran de nos coeurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs, &c.

 

Scene III
Actéon, Diane,
Choeur de Nymphes

Actéon
Amis, les ombres raccourcies
Marquant sur nos plaines fleuries
Que le soleil a fait la moitié de son tour,
Le travail m’a rendu le repos nécessaire;
Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire
Et ne me renvoyez que sur la fin du jour.
Agréable vallon, paisible solitude,
Qu’avec plaisir sur vos cyprès
Un amant respirant le frais
Vous feroit le récit de son inquiétude;
Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets.
Je ne connois l’amour que par la renommée
Et tout ce qu’elle en dit me le rend odieux.
Ah ! S’il vient m’attaquer, ce Dieu pernicieux,
Il verra ses projets se tourner en fumée.
Liberté, mon cœur, liberté.
Du plaisir de la chasse,
Quoy que l’amour fasse,
Sois toujours seulement tenté.
Liberté, mon cœur, liberté.
Mais quel objet frappe ma vue ?
C’est Diane et ses sœurs, il n’en faut point douter.
Approchons nous sans bruit, cette route inconnue
M’offrira quelqu’endroit propre à les écouter.Diane
Nimphes, dans ce buisson quel bruit viens-je d’entendre ?Actéon
Ciel ! Je suis découvert.Le Choeur de Nimphes
Oh ! Perfide mortel,
Oze tu bien former le dessein criminel
De venir icy nous surprendre.Actéon
Que feray-je, grands Dieux ?
Quel conseil dois-je prendre ?
Fuyons, fuyons !Diane
Tu prends à fuyr un inutile soin,
Téméraire chasseur, et pour punir ton crime
Mon bras divin poussé du courroux qui m’anime
Aussi bien que de prez te frappera de loin.Actéon
Déesse des chasseurs, escoutez ma deffence.Diane
Parle, voyons quelle couleur,
Quelle ombre d’innocence
Tu puis donner à ta fureur.Actéon
Le seul hazard et mon malheur
Font toute mon offense.

Diane
Trop indiscret chasseur,
Quelle est ton insolence !
Crois-tu de ton forfait déguiser la noirceur
Aux yeux de ma divine essence ?
Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy
Apprenne à tes pareils à s’attaquer à moy !

Le Choeur de Nimphes
Vante toy maintenant, profane,
D’avoir surpris Diane
Et ses sœurs dans le bain,
Va pour te satisfaire,
Si tu le peux faire,
Le conter au peuple Thébain.

 

Scene IV
Actéon

Actéon
Mon cœur, autre fois intrépide,
Quelle peur te saisit ?
Que vois-je en ce miroir liquide ?
Mon visage se ride,
Un poil affreux me sert d’habit,
Je n’ay presque plus rien de ma forme première,
Ma parole n’est plus qu’une confuse voix.
Ah ! Dans l’estat ou je me voys,
Dieux qui m’avez formé du noble sang des Roys,
Pour espargner ma honte
Ostez moy la lumière.

 

Scene V
Actéon, transformé en Cerf,
le Choeur des Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Jamais trouppe de chasseurs
Dans le cours d’une journée
Fut-elle plus fortunée,
Jamais trouppe de chasseurs
Reçut-elle un jour du ciel plus de faveurs.
Actéon, quittez la resverie,
Venez admirer la furie
De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois.
Quoy ! N’entendez-vous pas nos voix ?
Que vous perdez, grand prince, à resver dans un bois,
Croyez qu’à nos plaisirs vous porterez envie,
Et dans tous le cours de la vie
Un spectacle si doux ne s’offre pas deux foix.

 

Scene VI
Junon,
Choeur des Chasseurs

Junon
Chasseurs, n’appelez plus qui ne peut vous entendre.
Actéon, ce héros a Thèbes adoré,
Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré
Et par ses chiens dévorés
Chez les morts vient de descendre.
Ainsi puissent périr les mortels odieux
Dont l’insolence extrême
Blessera désormais les Dieux,
La puissance suprême.Le Choeur des Chasseurs
Hélas, Déesse, hélas !
De quoy fut coupable
Ce héros aymable
Pour mériter l’horreur de si cruel trépas ?Junon
Son infortune est mon ouvrage
Et Diane en vangeant l’outrage
Qu’il fit à ses appas
N’a que presté sa main à ma jalouse rage.
Ouy Jupiter, perfide espous,
Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place
Sans craindre mes transports jaloux.
Mais si jusqu’à son cœur n’arrivent pas mes coups,
Actéon fut son sang et je jure à sa race
Une implacable haine, un éternel courroux.Elle s’envole.Le Choeur des Chasseurs
Hélas, est-il possible
Qu’au printemps de ses ans ce héros invincible
Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours.
Quel cœur, à ce malheur, ne seroit pas sensible.
Faisons monter nos cris jusqu’au plus haut des airs,
Que les rochers en retentissent,
Que les flots écumans des mers,
Que les aquilons en mugissent,
Qu’ils pénètrent jusqu’aux enfers.
Actéon n’est donc plus,
Et sur les rives sombres
Le modelle des souverains,
Le soleil naissant des Thébains
Est confondu parmy les ombres.

 

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